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Montréal, ou la plus belle leçon de diversité que le monde m’ait offerte

Ode a Montreal diversite

Avant de commencer, j’ai envie d’apporter une précision importante.

Je n’écris pas cet article en tant que Montréalaise, ni même en tant que personne qui connaît véritablement cette ville. Je ne suis qu’une voyageuse. Une étrangère de passage. Au moment où j’écris ces lignes, cela fait seulement une semaine que je vis ici. Mon regard est donc forcément incomplet, parfois naïf, peut-être même idéalisé. Les personnes qui habitent Montréal depuis toujours y verront sans doute des réalités que je ne perçois pas encore, des difficultés que je n’ai pas encore rencontrées ou des nuances qui m’échappent. Cet article n’a donc pas la prétention de raconter ce qu’est Montréal. Il raconte simplement ce que Montréal m’a fait ressentir. Et parfois, le regard neuf d’une voyageuse permet de voir des choses que l’habitude finit par rendre invisibles.

Je pensais avoir compris ce qu’était la diversité.

Après tout, cela fait maintenant onze ans que je voyage. Onze ans que je traverse des frontières, que je découvre de nouvelles langues, de nouvelles religions, de nouvelles cuisines, de nouvelles façons de penser. J’ai vécu en Amérique latine, en Asie, en Océanie. J’ai partagé des repas avec des familles quechuas au Pérou, appris quelques mots de vietnamien dans les marchés de Hoi An, célébré le Nouvel An lunaire, dormi dans des villages perdus, pris des centaines de bus, de trains, de bateaux et d’avions.

Je croyais sincèrement avoir vu le monde… Puis je suis revenue à Montréal.

L’année dernière, j’y ai passé trois semaines. Cette année, j’ai décidé d’y rester quatre mois. Une semaine seulement s’est écoulée, et une évidence s’impose déjà à moi : je n’ai jamais vu un endroit comme celui-ci.

Parce que Montréal n’est pas seulement une ville multiculturelle, c’est une ville où le monde entier semble avoir décidé de vivre ensemble.

Chaque matin, en marchant quelques rues seulement, je croise des dizaines de réalités différentes.

Je vois des femmes âgées discuter avec des jeunes aux cheveux roses. Des hommes d’affaires en costume traverser la rue pendant qu’un musicien joue de la musique sur le trottoir. Des étudiants venus des quatre coins du monde. Des familles installées ici depuis plusieurs générations. Des réfugiés qui reconstruisent leur vie. Des immigrés fraîchement arrivés. Des descendants des boat people vietnamiens. Des communautés autochtones. Des touristes. Des itinérants. Des personnes plus aisées. Des personnes qui n’ont presque rien.

Je vois des personnes grandes, petites, grosses, maigres, tatouées de la tête aux pieds ou parfaitement classiques.

Je vois des couples homosexuels marcher main dans la main sans que personne ne semble y prêter attention. Des personnes trans. Des personnes non binaires. Des gens qui affichent pleinement leur identité et d’autres qui la cherchent encore.

Et tout cela semble cohabiter, et j’aime ça !

Bien sûr, tout n’est pas parfait. Il existe des tensions, des inégalités, des problèmes sociaux. Montréal n’est pas une utopie.

Mais il y a quelque chose que je ressens ici plus qu’ailleurs, une forme de normalité dans la différence. Personne ne semble vraiment étonné par l’autre, comme si chacun avait fini par accepter qu’il n’existe pas une seule manière d’être humain.

Et cette diversité ne s’arrête pas aux habitants, elle est partout.

Les festivals célèbrent tour à tour le jazz, les Caraïbes, le Vietnam, les Premières Nations, les communautés latino-américaines, la francophonie, les cultures africaines, la musique électronique, la musique classique…

On peut déjeuner dans un restaurant éthiopien, prendre un café italien, manger un bánh mì vietnamien, terminer la journée dans une librairie québécoise puis assister à un concert colombien. Le monde entier tient dans quelques stations de métro.

Après onze ans de voyage, je réalise quelque chose d’assez paradoxal : J’ai parcouru des dizaines de pays pour découvrir les cultures du monde, et aujourd’hui, c’est Montréal qui me donne l’impression de toutes les retrouver au même endroit.

Ce n’est pas une ville qui efface les différences, elle semble leur laisser une place, même imparfaite ! Elle ne demande pas forcément aux gens de devenir identiques, elle leur permet d’exister côte à côte. Peut-être est-ce cela qui me touche autant.

Parce que voyager m’a toujours appris que le monde est infiniment plus complexe que les clichés qu’on en fait.

Montréal, elle, me rappelle chaque jour que cette complexité peut aussi devenir une richesse, et je crois que c’est la première ville qui me donne autant d’espoir sur notre capacité à vivre ensemble.

Après onze années passées à chercher le monde aux quatre coins de la planète, je ne m’attendais pas à le retrouver, presque au complet, dans une seule ville.

Et c’est peut-être là que Montréal m’a le plus bousculée.

En voyage, on parle souvent d’ouverture d’esprit. On dit que découvrir d’autres pays nous change, qu’on apprend à voir le monde autrement. C’est totalement vrai. Mais jusqu’ici, chaque pays m’a fait surtout découvrir une culture à la fois. J’apprends les codes d’un peuple, d’une histoire, d’une façon de vivre. Puis je repars vers une autre.

À Montréal, tout se mélange.

Il ne s’agit plus de comprendre une culture, mais d’accepter qu’il en existe des centaines qui se croisent, se répondent, parfois se confrontent, mais finissent malgré tout par partager le même espace.

Cette ville m’oblige à remettre en question mes propres réflexes.

Je me surprends parfois à me demander d’où vient une personne. Puis je réalise que cette question n’a finalement que peu d’importance. Ce qui compte, ce n’est pas son origine, mais le fait qu’elle fasse désormais partie de ce grand puzzle qu’est Montréal.

Je crois que cette ville m’apprend quelque chose que je n’avais encore jamais vraiment compris.

Nous passons énormément de temps à chercher ce qui nous différencie. Notre nationalité. Notre couleur de peau. Notre religion. Notre orientation sexuelle. Notre genre. Notre manière de nous habiller. Notre langue. Nos traditions.

Mais lorsque toutes ces différences se retrouvent réunies au même endroit, elles perdent peu à peu leur pouvoir de nous séparer, elles deviennent simplement… normales, et c’est incroyablement reposant.

Ici, personne ne semble avoir besoin d’entrer dans une seule case. Chacun apporte un morceau de son histoire, de sa culture, de son identité. Et au lieu de créer le chaos, cette accumulation de différences donne naissance à une ville profondément vivante.

Je ne suis pas naïve (un peu parfois). Je sais que tout n’est pas parfait. Je sais qu’il existe du racisme, des discriminations, des difficultés d’intégration, des tensions politiques et sociales. Je sais que certaines communautés souffrent davantage que d’autres.

Mais je vois aussi les efforts, je vois une ville qui essaie. Une ville qui fait de la place. Une ville qui célèbre les différences au lieu de les cacher, et je trouve cela incroyablement inspirant.

En onze ans de voyage, j’ai souvent cherché à comprendre le monde. Montréal me donne plutôt envie de comprendre les humains… parce qu’au fond, derrière toutes nos différences, nous faisons exactement la même chose. Nous essayons simplement de trouver un endroit où nous sentir chez nous.

Alors merci, Montréal.

Merci de me rappeler qu’après onze années passées à parcourir le monde, je n’avais encore rien fini d’apprendre.

Merci de m’avoir montré que la diversité ne se mesure pas au nombre de pays visités, mais à la capacité d’accueillir toutes les différences dans un même espace, sans chercher à les faire disparaître.

Merci de m’avoir offert cette leçon d’humanité au détour d’une rue, d’un festival, d’un café, d’une conversation entendue dans le métro ou d’un simple regard échangé avec un inconnu.

Tu me laisse croire qu’il est possible de vivre côte à côte sans se ressembler.

Qu’une ville peut parler des centaines de langues et raconter pourtant une seule histoire.

Qu’un monde où chacun a sa place n’est peut-être pas une utopie, mais quelque chose qui se construit, un geste après l’autre, une rencontre après l’autre.

J’ignore ce que les prochains mois me feront découvrir. J’ignore si cette sensation s’effacera avec le temps ou si elle grandira encore.

Mais une chose est certaine. En une seule semaine, tu as déjà changé ma façon de regarder les autres.

Et peut-être, un peu aussi, ma façon de regarder le monde.

Alors merci, Montréal.

Merci de me rappeler que le plus beau voyage n’est pas toujours celui qui nous emmène plus loin. Parfois, c’est simplement celui qui nous rapproche un peu plus des êtres humains.