
Il y a des villes qui se visitent en levant les yeux. Naples, elle, se découvre aussi en regardant sous ses pieds.
Pendant plusieurs jours, je me perds volontairement dans les ruelles du centre historique. J’apprends à apprivoiser ce joyeux chaos napolitain : les scooters qui surgissent de nulle part, les balcons débordant de linge, les pizzas qui sortent des fours à toute heure et les habitants qui discutent d’une fenêtre à l’autre comme si toute la rue faisait partie de la même maison.
Puis un jour, je décide de quitter cette agitation… pour descendre quarante mètres sous terre.
Et je suis loin d’imaginer que cette visite va devenir l’une des plus surprenantes de mon séjour.
En descendant les premières marches, la température chute immédiatement. À chaque palier, l’air devient un peu plus frais. Le bruit de la ville disparaît peu à peu jusqu’à laisser place à un silence presque irréel.
Quelques minutes plus tôt, j’étais au milieu du tumulte napolitain. Maintenant, j’entre dans un autre monde.
Une ville cachée sous la ville
L’entrée des souterrains se trouve discrètement sur la Piazza San Gaetano, juste à côté de la célèbre pizzeria Sorbillo. Si on ne sait pas qu’elle est là, on passe devant sans même la remarquer.
À mon arrivée, on m’annonce que la prochaine visite en anglais est prévue à 14 heures. Les visites sont proposées environ toutes les deux heures entre 10 h et 18 h.
Mais attendre trois heures ? Très peu pour moi.
Comme je comprends suffisamment l’italien, je décide finalement de rejoindre immédiatement le groupe italien de 11 heures. Et honnêtement, même si je ne saisis pas absolument chaque détail, je ne regrette absolument pas mon choix.
Le billet (10 € au moment de ma visite) se paie directement à l’entrée avant de commencer la descente.
Une centaine de marches plus tard, nous voilà près de quarante mètres sous la surface. Et ce n’est que le début.
Marcher dans plus de deux mille ans d’histoire
Ce qui me fascine immédiatement, c’est que ces souterrains n’ont jamais eu une seule fonction. À l’origine, les Grecs puis les Romains y extraient la pierre qui servira à construire Naples. Plus tard, ces immenses galeries deviennent des aqueducs alimentant toute la ville en eau.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, elles servent d’abris anti-aériens à des milliers d’habitants venus s’y réfugier pendant les bombardements. Puis, après la guerre, une partie des tunnels est utilisée comme décharge.
En quelques centaines de mètres, on traverse donc plusieurs milliers d’années d’histoire. Chaque époque laisse ses traces sur les murs. On voit les différents types de pierres, les techniques de construction qui évoluent, les réparations, les cicatrices du temps.
On ne visite pas seulement une grotte, on visite les fondations mêmes de Naples.
Les passages où il vaut mieux ne pas être claustrophobe
Au début, les galeries sont relativement larges. Puis le guide nous distribue une bougie.. et là, je comprends immédiatement que quelque chose se prépare.
Nous nous engageons dans un passage si étroit qu’il faut parfois tourner les épaules pour avancer. À certains endroits, les deux murs semblent vouloir se rejoindre. La lumière électrique disparaît complètement et il ne reste que la flamme vacillante de nos bougies.
Le moindre petit escalier est annoncé de bouche à oreille. « Attention… une marche… », « Petit trou… », « Ça descend… ». Tout le groupe avance lentement dans le noir presque total.
Je ne suis pas spécialement claustrophobe, mais je comprends pourquoi certaines personnes préfèrent attendre le reste du groupe avant cette partie de la visite.
Et je me fais une réflexion qui me fait sourire intérieurement. Je me demande sincèrement comment les guides annoncent la chose aux personnes très corpulentes avant le départ. Parce qu’il y a clairement des endroits où… ça ne passe tout simplement pas.
Étonnamment, le site internet ne mentionne absolument pas cette partie très étroite. Alors si vous êtes claustrophobe, prenez vraiment cette information au sérieux.
Une eau incroyablement limpide
Après ces couloirs oppressants, nous arrivons devant l’un des anciens réservoirs d’eau.
La récompense est immédiate. L’eau est parfaitement transparente. Immobile. On distingue le fond avec une netteté incroyable. Les murs se reflètent comme dans un miroir. On comprend alors l’ingéniosité du réseau d’aqueducs qui alimentait autrefois toute la ville.
À un autre endroit, le guide nous montre également une expérience menée sous terre : des légumes et différentes plantes sont cultivés sans lumière naturelle afin d’étudier leur développement grâce uniquement à l’humidité constante des souterrains.
Sur le papier, l’idée paraît prometteuse. En réalité… les plantes survivent plus qu’elles ne vivent.
Les traces de la guerre
Au fil de la visite, plusieurs objets rappellent également le rôle essentiel joué par ces galeries pendant les bombardements. On découvre notamment une bombe retrouvée dans les souterrains, ainsi que différents objets de la vie quotidienne utilisés par les familles qui venaient s’y réfugier pendant les alertes.
J’essaie d’imaginer plusieurs centaines de personnes vivant ici pendant des heures, parfois des jours, loin de la lumière du soleil. Le contraste est saisissant.
Aujourd’hui, nous visitons cet endroit par curiosité. À l’époque, on y descendait pour survivre.




