Un défi pour mon petit budget en Argentine
Durant mes quatre mois en Amérique du Sud, j’ai passé presque la moitié de mon temps en Argentine. Un pays gigantesque, fascinant, mais… coûteux. Après l’Équateur, le Pérou et la Bolivie, où mon budget quotidien de 20 euros suffisait largement à couvrir les activités, la nourriture et les petits plaisirs, l’Argentine a chamboulé mes habitudes. Avec des prix proches de ceux en Europe, il m’a fallu réfléchir à de nouvelles façons de voyager sans sacrifier l’expérience.
J’ai d’abord réduit les activités, puis espacé les excursions, avant de me rendre compte que ce n’était pas une solution. Je voulais vivre pleinement chaque jour. Alors, j’ai décidé de m’attaquer au poste le plus gourmand : les transports. En Argentine, les distances sont immenses, et les bus, bien que confortables, sont hors de prix pour mon petit budget. C’est ainsi que j’ai osé le stop, pour la toute première fois de ma vie.
Première expérience : un mélange de peur et de surprise
Un matin, à 8h, je me suis postée à la sortie de la ville de Chilecito, sur la mythique route 40, le cœur battant à tout rompre. Mon objectif ? Atteindre Patquia, puis continuer vers Villa Unión pour visiter le Parc National de Talampaya.
La nervosité était bien présente : c’était ma première fois à faire du stop, et forcément, dans ma tête, tournaient toutes ces histoires effrayantes qu’on entend à ce sujet. Je suis une femme seule, ma mère m’a toujours couverte d’avertissements, et je n’étais pas particulièrement à l’aise. Mais je me suis lancée.
À peine 15 minutes plus tard, un couple argentin s’est arrêté. Dès que je suis montée dans leur voiture, ils ont commencé à poser mille questions : Pourquoi fais-tu du stop ? Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Leur gentillesse m’a tout de suite rassurée. Jusqu’à ce que je réalise… qu’on ne prenait pas la bonne direction.
Après une quinzaine de minutes à rouler sur de petits sentiers au milieu des bois, j’étais légèrement inquiète, même si je fais partie de ces personnes qui préfèrent attendre que quelque chose de grave se passe avant d’avoir peur. Finalement, nous avons fini par nous arrêter… chez eux. Ils avaient simplement décidé de m’inviter à prendre un petit-déjeuner avant de m’emmener à bon port !
Assise autour de leur table, devant du café chaud et des biscuits, je réalisais que mon espagnol, très léger, m’avait sans doute fait manquer cette partie de la conversation. Nicolas, le mari, m’a ensuite déposée à la sortie de la ville, les bras chargés de croissants. Ce premier souvenir, à la fois effrayant et touchant, restera gravé dans ma mémoire.
La Vallée de la Lune : une parenthèse magique
À la sortie de la ville, un policier m’a trouvé une nouvelle voiture : un couple de retraités adorables parcourant l’Argentine en road trip. Très vite, ils m’ont proposé de les accompagner pour visiter la Vallée de la Lune, un site spectaculaire que je rêvais de voir. Ce lieu, appelé Ischigualasto en langue quechua, est une région désertique unique au monde, où des formations rocheuses étranges et des paysages lunaires s’étendent à perte de vue.
Pendant une heure, nous avons exploré ensemble ce site à couper le souffle, entourés de formations géologiques sculptées par le vent et le temps. Ce désert silencieux semblait appartenir à une autre planète, et la compagnie du couple rendait l’expérience encore plus spéciale. Après la visite, ils ont insisté pour m’offrir le déjeuner dans un restaurant local.
Avec tant de gentillesse – entre le petit-déjeuner, la visite, et le déjeuner – j’ai vite réalisé que je ne pourrais pas atteindre ma prochaine destination en une seule journée. Mais peu importe : c’est ça, l’aventure !
Une nuit sous les étoiles du désert argentin
Dans l’après-midi, ils m’ont déposée littéralement au milieu du désert. Et quand je dis « au milieu de rien », c’était vraiment au milieu de rien : pas une maison, pas un arbre à l’horizon. Alors que la nuit tombait, je réalisais que personne ne s’arrêterait à cette heure tardive.
J’ai donc passé une partie de la nuit seule dans le désert, avec mon sac à dos comme compagnon. J’ai pas fais la fière à ce moment-là. Heureusement, j’avais mon sac de couchage pour me protéger du froid glacial de la nuit, mais je dois avouer… j’ai peur du noir. Chaque craquement, chaque bruit me faisait sursauter. Entre insectes, vent et silence pesant, l’expérience a été angoissante, mais inoubliable.
Au petit matin, alors que le soleil commençait à dissiper le froid mordant de la nuit, un groupe de trois motards est apparu au loin. Ils semblaient autant surpris de tomber sur une touriste seule, assise sur son sac à dos au milieu de rien, que je l’étais de les voir surgir de l’horizon désertique. Après avoir échangé quelques mots et expliqué mon aventure, ils ont décidé de m’emmener avec eux.
Le premier motard m’a proposé de monter derrière lui, tandis que le deuxième a pris mon petit sac à dos et le troisième, mon gros sac de voyage. Évidemment, il n’y avait pas de casque pour moi. Cela m’a légèrement inquiétée, car il est interdit de rouler sans casque en Argentine. Mais au milieu du désert, la règle semblait moins stricte, et les policiers étaient probablement plus indulgents.
Nous avons roulé pendant une heure sur leurs motos imposantes, type Harley, mes cheveux flottant au vent. Le contraste entre la peur de la nuit précédente et cette sensation de liberté totale était saisissant. Traverser ces paysages arides, baignés par la lumière dorée du matin, m’a fait oublier tout le reste. C’était grisant, magique, et franchement, un des moments les plus cools de mon aventure en Argentine.
Arrivés à un poste de police, les motards ont expliqué ma situation. Les policiers, hyper compréhensifs, m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas me laisser continuer en moto sans casque jusqu’à la prochaine grande ville, pour ma propre sécurité. À la place, ils m’ont aidée à trouver une solution : une féria de routier. C’est un lieu aménagé au milieu de rien pour que les routiers fassent une pause en se restaurant. Cela m’a fait un peu penser à une sorte de station balnéaire de fortune où des restaurants et des bars sont collés côte à côte. Le tout sous des tentes en plastique..
La dernière étape : San Juan
J’ai brandi mon panneau en carton où était inscrit « San Juan ». Très vite, un routier transportant des minerais s’est arrêté. Il m’a expliqué que les camionneurs n’ont pas le droit de prendre des auto-stoppeurs, mais il a rigolé : « Tu crois vraiment que quelqu’un va voler ma cargaison de cailloux ? »
Le trajet a été animé : il m’a posé des milliers de questions sur mon voyage et sur la France, et il a même fait un détour pour me déposer en plein centre-ville.
Un voyage en deux jours, riche en émotions
402 kilomètres, une nuit dans le désert, des paysages incroyables, et surtout des rencontres extraordinaires : cette expérience m’a prouvé que l’aventure ne se trouve pas dans la destination, mais dans le chemin parcouru. Le stop m’a appris à lâcher prise, à m’ouvrir aux imprévus et à me connecter aux gens.
Et pour la suite ? Je continue d’explorer l’Argentine, un pouce levé et l’esprit ouvert à ce que chaque journée peut m’apporter. 🌍





Ca donne terriblement envie!! Surtout le passage en moto. Je pars dans 2 mois, ça se rapproche…Oserai-je faire comme toi??
Bien sur, quand tu seras dans le feu du voyage 🙂 Suis ton instinct, c’est tout. N’hésites pas si tu as des questions !
Déjà avoir réservé mon billet pour partir toute seule si loin sans parler espagnol, c’était suivre mon instinct 🙂 Comme mon concours d’internat de médecine est dans un mois, je n’ai pas vraiment le temps de me poser de questions et d’angoisser, et c’est plutôt bien comme ça hihi. Je me dis que si je pense positif, il m’arrivera des choses positives! 🙂
Dès que je finis mon concours, je commence à préparer tout ça et je t’inonde de questions, promis 😉
En tout cas merci pour ton blog, j’adore lire tes expériences, et ça me donne trop envie d’y être!
Bisous!