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Je me perds entre la cordillère blanche et la cordillère noire, Pérou

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Aujourd’hui, je pars à la découverte de La Laguna Parón, une lagune spectaculaire nichée entre la Cordillère blanche et la Cordillère noire. Selon le guide papier que j’ai trouvé dans une auberge, il faut environ quatre heures de marche pour y arriver. Alors, je grimpe dans un bus local bondé, où les passagers se partagent l’espace avec des poulets et des paniers de fruits. Dans mon sac : une gourde d’eau, un sandwich et une pomme. Rien de plus. Je suis prête.

Le bus serpente à travers des vallées verdoyantes. Par la fenêtre, je vois des montagnes aux sommets enneigés, des maisons en pisé, et des villageois avec leurs mules. À l’arrêt final, le chauffeur me montre vaguement un chemin de terre et m’assure qu’il y aura un bus pour rentrer. Avec un mélange d’excitation et de confiance naïve, je descends du bus et commence à marcher.

La marche commence : entre émerveillement et premiers doutes

Les premiers kilomètres sont magnifiques. Le sentier serpente à travers des paysages spectaculaires, vous l’aurez compris, je suis entre le noir de la cordillère et le blanc de l’autre cordillère. Je croise des villageois Quechuas en vêtements traditionnels : leurs chapeaux colorés et leurs jupons vifs sont joie. Chaque échange est ponctué d’un sourire ou d’un « Hola ». Les mules, chargées de paniers remplis de marchandises, passent lentement.

Mais après quelques heures, je commence à douter. Selon le guide, je devrais déjà être entourée de montagnes arides et apercevoir des indices de la lagune Parón. Pourtant, les collines restent verdoyantes. Le chemin devient de plus en plus escarpé, et je sens la fatigue s’installer. Mon enthousiasme initial vacille, mais je continue.

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La sieste avec les vaches et le ciel qui change

Je m’arrête dans un coin d’herbe, entourée de vaches qui broutent tranquillement, indifférentes à ma présence. La fraîcheur de l’herbe contre ma peau est réconfortante, et je décide de m’allonger quelques minutes. Mes paupières se ferment presque immédiatement.

Quand je me réveille de ma sieste, le ciel a changé. Je suis entourée des museaux des vaches curieuses au dessus de moi. Les nuages s’épaississent, et une bruine commence à tomber. Le vent se lève, et l’atmosphère dorée du matin laisse place à une grisaille inquiétante. Je frissonne. La fatigue est là, et je ne sais même pas si je suis sur le bon chemin, ni si je vais enfin arriver à la lagune.

L’épuisement et les larmes

Chaque pas devient plus difficile. La pluie rend le sol glissant, et ma gourde est presque vide. Mon sandwich ne suffit pas à calmer ma faim ni à me donner de l’énergie. Je m’arrête sur le bord du chemin, les jambes tremblantes. Et là, je craque. Les larmes coulent, se mêlant à la pluie sur mon visage.

« Et si je ne trouvais jamais la lagune Parón ? Et si la nuit tombait avant que je ne revienne ? » Les pensées s’accumulent, mais après quelques minutes à pleurer, je me reprends. Il faut faire demi-tour. Cela fait 6 heures que je marche en montée, je n’ai pas vu la lagune et je dois retourner au village à 4 heures de marche en descente, avant la nuit pour prendre le bus.

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La rencontre salvatrice avec les Quechuas

Je marche les 4 heures en mode robot. Ne pas penser à mes jambes qui me font mal, ne pas pensé que j’ai soif, ne pas penser que ca fait des heures de randonnée..; ne pas penser, marcher ! Puis, au loin, une fumée s’élève. Je rassemble mes dernières forces pour atteindre une petite maison en adobe. Les habitants, des Quechuas, m’accueillent avec des sourires curieux. Ils m’invitent à entrer. À l’intérieur, un feu crépite doucement. Et avec un langage de signes (je ne parle pas quechua), on me fait comprendre qu’il n’y aura pas de bus avant 3 jours (ou 2 jours, je ne suis pas sure de ce que j’ai compris, mais certaine, il N’Y A PAS DE BUS).

La femme me tend un bol de soupe chaude, remplie de pommes de terre, de maïs et d’herbes locales. Ce repas simple est un festin. La chaleur revient peu à peu dans mon corps, et leurs sourires dissipent mes craintes. Je leur raconte mon aventure avec des gestes et quelques mots d’espagnol. Ils rient doucement en voyant mon état, et moi aussi. J’ai donc passé la soirée et la nuit au chaud chez cette charmante famille. On a tous dormi dans la meme pièce, les parents sur une sorte de natte/matelas, et moi par terre sur le plancher. Et franchement, c’était parfait, je me suis écroulée de fatigue et de soulagement de ne pas devoir dormir dehors au froid et sous la pluie.

Village quechua Caraz
Village quechua Caraz

Les fous rires et la fin de l’histoire

Le lendemain matin, après une nuit au chaud près du feu, la petite fille de la famille qui m’a hébergée se propose de me conduire jusqu’au village en contrebas. Pas question de suivre la route : elle coupe à travers champs, en courant et légère comme une plume. Je me retrouve à la suivre, un peu comme dans le générique de La Petite Maison dans la Prairie, courant après elle sur des sentiers invisibles au milieu des herbes hautes.

En arrivant au village, on se dirige directement vers une maison. À l’intérieur, un téléphone fixe trône dans la pièce. C’est le seul téléphone du coin, et la petite fille appelle alors le seul taxi du coin, un village à côté. Il accepte de venir me chercher, et le temps qu’il arrive, je reste à discuter avec les habitants.

Quand le taxi arrive, c’est une vieille voiture cabossée, mais pour moi, c’est un carrosse royal. Le chauffeur, chaleureux et souriant, m’aide à charger mon sac, et nous prenons la route vers Caraz. Le trajet est silencieux, ponctué par le bruit du moteur qui peine parfois dans les montées. Les montagnes défilent à nouveau, et je ressens une immense gratitude pour toutes ces personnes croisées sur mon chemin.

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Une aventure au-delà de la lagune

Je suis partie pour voir la Laguna Parón, et au final… je ne l’ai pas vue ce jour-là. Ce qui aurait pu être une déception s’est transformé en l’une des meilleures histoires de voyage que j’ai vécues. Rien ne s’est passé comme prévu, mais c’est précisément ce qui a rendu cette expérience si mémorable.

Il y a eu le dépassement de soi sur ces chemins escarpés, l’épuisement, les doutes, mais aussi des rencontres improbables : une famille chaleureuse qui m’a accueillie chez elle, une petite fille qui m’a conduite à travers champs comme dans un film, et un taxi improvisé qui m’a ramenée à la civilisation.

Au final, ce n’était pas la lagune qui importait vraiment. Oui, je l’ai vue plus tard dans la semaine, et je pourrais vous raconter cette partie de l’histoire dans un autre article. Et ce trek m’a offert bien plus que la satisfaction de cocher une case sur une liste. Il m’a rappelé que le voyage, le vrai, c’est ce qui se passe quand tout déraille. Ce sont les imprévus, les rires, les moments d’humanité partagés avec des inconnus.

Et c’est peut-être ça, la plus belle victoire de cette journée : ne pas voir ce que je voulais, mais vivre quelque chose que je n’aurais jamais imaginé.